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souvenirs 2013 - Samarkand 2

publié le : 22 avril 2013

L’IDENTITE (évolutive )

« Les Hommes sont plus les fils de leur temps que de leurs pères » M BLOCH
« Nous sommes plus proches de nos contemporains que de nos ancêtres » R. COLL

Pour commencer, il faut signaler la complexité et la diversité des dimensions de l’identité humaine. Comment définir l’Homme ? Jamais des hommes ne se sont autant interrogés sur leur identité que nos contemporains.Nous sommes devenus les témoins effarés des scènes de sauvagerie que les médias proposent quotidiennement au public de toute la planète, et nous nous demandons quelle peut bien être cette créature capable de pousser aux extrêmes, le bien comme le pire, de préférence le pire.


La trinité humaine (L’individu, la Société et l’Espèce ) place la personne humaine dans une situation qui permet à la fois une diversité illimitée et une unité particulière, car les relations entre ces trois instances ne sont pas seulement complémentaires, mais elles sont aussi antagonistes et présentent des possibilités de conflit entre caractéristiques biologiques et caractéristiques culturelles, dans un processus en boucle toujours recommencé et constamment régénéré.

La notion d’identité, comment l’appréhender ?

Deux significations principales sont à souligner :
1 L’identité dans le sens d’une interrogation : suis-je semblable, identique à quelque chose, à quelqu’un d’autre ? Le processus en jeu est une sorte de « réflexion en l’autre », une identification à l’Autre.
2 L’identité comme caractère de l’unicité : mon identité est ce qui me rend unique, ce qui m’individualise par rapport à l’Autre.
Un équilibre doit s’établir entre ces deux sens et ce paradoxe ne doit être rompu sinon, soit on passe dans l’excès en ne s’identifiant plus à personne soit en s’identifiant excessivement à un groupe et que l’on en perd sa propre identité.
Individu et sujet, l’Homme se construit dans un dialogue avec l’Autre, mais aussi dans un dialogue avec lui-même.( Une partie de lui pense et vit un travail affectif et imaginaire qui a pour horizon la mort, mais aussi la richesse et la complexité de nos liens dans l’organisation sociale de la sexualité ).

Mon identité : qui suis-je ? qui est l’Autre ?

On définit généralement l’identité comme l’ensemble des caractères visibles ou cachés qui font d’une personne ce qu’elle est, qui font d’elle un être unique, ; Le nom par ex., sa prononciation, son orthographe sont des éléments qui touchent à l’identité de chaque personne.
On lit souvent que la clé de l’identité de l’être humain se trouverait dans ses gènes, supposés responsables de notre unicité, de sa différence, et de l’ensemble de ses caractéristiques individuelles. Mon « code génétique » situé dans mes cellules contiendrait l’explication de nos apparences, de nos traits, de mon caractère et de mon destin biologique ( par ex. certaines maladies qui m’atteindront ), et même celui de ma descendance. L’organisme est ainsi le produit de son programme génétique contenu dans son ADN ( Mes talents, mes faiblesses, mes capacités physiques et intellectuelles….Prédéterminisme ? )
Cette vision n’est plus considérée aujourd’hui comme adéquate : il y a aussi l’Immunologie, la Neurologie et d’autres domaines encore comme la philosophie.
La vie est créatrice des différences, et s’il y a « reproduction » ce n’est jamais à l’identique.
Qui est-il ? Qui est-elle ? Est-ce que je lui ressemble ? Est-ce qu’elle me ressemble ? Est-ce que je suis comme cela parce que je suis français ou juste parce que je suis moi ? Comment faire partie d’un groupe ? Ce sont des questions que nous nous posons souvent ; Essayer d’y répondre, c’est se poser la question de l’identité, des identités.
On voit bien que l’identité de chacun se construit aussi en relation avec l’Autre : ce que je suis dépend aussi de comment je réagis aux personnes qui m’entourent, que je rencontre. Ces personnes peuvent nous ressembler ou on peut avoir envie de leur ressembler. Ou alors au contraire, on peut se sentir très différent ou avoir envie de s’en démarquer.
Chaque individu accorde au regard de l’Autre une importance sur le maintien de sa propre identité. La « présentation de soi », exprimée par nos comportements, nos propos, notre habillement …vise à donner une certaine image de soi dont on attend qu’elle soit confirmée par autrui ( le théâtre de la vie sociale ).
L’identité est donc un équilibre entre, d’une part ce qui te rend semblable à d’autres et, d’autre part, ce qui te rend unique. Et personne ne peut exister sans l’Autre, celui-ci étant forcement différent. Si tout le monde se ressemblait, nous n’aurons plus d’identité, nous ne pourrons plus exister.
Tes sentiments, tes sensations, tes émotions, tes pensées, tes réflexions te donnent sans cesse des informations sur le monde, sur l’environnement mais aussi sur toi-même. C’est ce savoir sur soi-même qui donne le sentiment d’identité personnelle, et qui permet de découvrir qui l’on est.
Rassurez-vous nous appartenons à la même espèce, l’espèce humaine, rationnelle et sociale, et que nous avons beaucoup d’attributs communs que des caractéristiques qui nous différencient.

La rencontre avec l’Autre :

Au moment de la rencontre avec l’Autre, cette rencontre se fait avec son identité personnelle mais aussi avec son identité sociale et culturelle. Tout le monde appartient en effet à une réalité bien concrète, située dans un lieu, une histoire, avec une culture, une organisation sociale, une économie, un climat, etc…On a besoin des autres pour exister.
La rencontre, c’est aussi ce qui permet de mieux comprendre les éléments qui constituent ton identité et celle de l’autre. Le regard que je porte sur l’autre et le regard qu’il porte sur moi peuvent être déstabilisants : est-ce que je vois bien l’autre pour ce qu’il est ? Est-ce qu’il me voit pour ce que je suis ?
Ces regards croisés sont comme des miroirs dans lesquels on se reconnaît plus ou moins bien, mais qui peuvent aussi révéler des aspects de nous dont nous n’avions pas conscience.
Dans la rencontre, l’identité peut varier selon qu’elle est présentée par soi-même, attribuée par l’entourage ou par quelqu’un qui nous connaît à peine.D’ailleurs, nous ne sommes pas toujours d’accord avec ce que les autres disent de nous ! Et les avis sur une même personne peuvent aussi diverger.

Identité et culture :

Le concept de culture au sens large intègre :
- Des concepts matériels ( utilitaires ou esthétiques )
- Des techniques ou des pratiques ( nourriture, Langue, Musique, organisation sociale, Religion …)
- Des représentations mentales ( manière de penser, de sentir, de voir, de communiquer….valeurs )
- La façon d’assembler entre eux tous ces éléments.
La culture est un des facteurs qui détermine l’identité et l’altérité : ce que je suis, ce que je ne suis pas et ce qu’est l’autre. La culture contribue ainsi à la découverte de l’identité, mais elle donne également une manière de voir le monde, de penser l’Autre, celui qui est différent.
La culture, c’est donc ce qui permet à l’individu de se situer par rapport au monde, à la société, mais aussi par rapport à ses origines et à l’héritage commun du groupe ou des groupes dont il est issu et qui est transmis aux générations suivantes.
L’appartenance culturelle est de plus en plus multiple : (mon père vient d’un pays, ma mère d’un autre, ils ne parlent pas la même langue et nous habitons dans un 3ème pays dont la langue et les coutumes sont encore différentes).
Ainsi, la culture fait l’objet d’échanges permanents. Lorsque les individus se rencontrent, déménagent, émigrent, échangent leurs productions, les cultures voyagent aussi, elles évoluent avec le temps et au contact des uns avec les autres. Les cultures, celles qui contribuent à l’identité des êtres humains ne sont pas figées, arrêtées une fois pour toutes ( effet de la mondialisation et de l’universalité de certains besoins fondamentaux )
Le moi est temporel. Le moi change et se transforme ( l’eau d’un fleuve ) ; Il est en devenir : le moi d’une époque est dif. du moi d’une autre époque. (Montaigne disait : nous sommes un défilé de personnages dans le temps )….Mais, il y a bien en nous un sentiment d’identité et il demeure intact contre le changement.
Lorsqu’on me demande ce que je suis « au fond de moi-même » cela suppose qu’il y a « au fin fond » de chacun, une seule appartenance qui compte, sa « vérité profonde » en quelque sorte, son « essence », déterminée une fois pour toutes à la naissance et qui ne changera plus ; Comme si tout le reste, son trajectoire d’Homme libre, ses convictions acquises, ses préférences, sa sensibilité propre, ses affinités, sa vie, en somme ne comptait pour rien. C’est cette prétendue appartenance fondamentale, qui est souvent religieuse, nationale ou ethnique, qu’on fait brandir fièrement à la face des autres.
En plus de l’identification externe il y a un sentiment interne composé d’un sentiment d’unité, de cohérence, d’appartenance, de valeur, d’autonomie et de confiance organisé autour d’une volonté d’existence.
J’ai conscience que je suis et non pas de ce que je suis. Cette conscience ne constitue pas une une connaissance de soi. Je suis conscience, c’est là ma véritable identité et peut-être la connaissance la plus haute que je puisse avoir.

La construction de l’identité :

La définition de l’identité est au cœur de la compréhension des mutations sociales actuelles ; La montée de l’individualisme est liée à la dissolution et ou aux mutations profondes d’institutions de socialisation comme la famille, les églises, l’école, l’État…. La plupart des sociétés contemporaines connaissent des troubles politiques identitaires. La notion d’identité est multiforme L’identité n’est plus considérée par les chercheurs comme un attribut immuable de l’individu ou des collectivités, l’image et l’estime de soi, les identités communautaires ou politiques s’élaborent dans des interactions entre les individus, les groupes et leur idéologie.
Elle soulignent toutes que la base de l’identification est psychologique, qu’elle se construit et s’actualise sans cesse (Elle consiste à changer tout en restant soi )
L’individu se socialise et construit son identité par étapes ; Son désir de continuité s’exprime dans l’affirmation d’appartenance à une lignée, à un environnement, à une culture ou à un imaginaire. Cette dimension est particulièrement à l’œuvre dans les manifestations contemporaines d’identité ethnique, régionale ou culturelle
L’identité se construit par stades successifs (dans un cheminement qui commence dans l’imitation (enfant) et se termine dans la projection dans la durée (la mort) dans une évolution constante, dans la confrontation entre les individus au sein des groupes..elle est fondée sur les relations passionnelles du sujet et de « l’Autre » (le regard que nous portons sur nous-mêmes est influencé par les autres et par leurs jugements), c’est image de soi, représentation de soi, construction et contrôle de soi, etc)
Le soi constitue donc le versant interne de l’identité individuelle ; Il se construit dans la relation à l’environnement et aux autres.
D’ailleurs, les sociétés contemporaines se caractérisent par la multiplicité toujours accrue des groupes d’appartenance, réels ou symboliques, auxquels sont affiliés les individus, en commençant par la famille, le cercle amical restreint, jusqu’à l’Humanité monde.

ALTERITE ET IDENTITE NATIONALE ( Utopie et Réalité ) :

La question de l’identité est en plein essor, ces dernières années, non pas à cause des vagues de l’immigration que subit notre monde, mais parce que nous vivons sous l’impact souvent incontrôlé de la technologie, une transformation effrénée qui influence comportements, méthodes et mœurs, et qui font que l’homme actuel vit dans la confusion collective la plus complexe entre « ce qu’il est » et « ce qu’il croit être », entre la dimension identitaire personnelle et celle que l’Autre a ou se fait de lui et de ses origines.

Le comportement individuel et social, exigé pour l’identification, par l’appartenance et la peur de l’exclusion, avec le temps, devient une mentalité, se transforme en tradition historique ou culturelle, se constitue en mythe, impose des traits idéologiques, décrit des cadres d’action obligeant tout individu et tout groupe social à se comporter uniformément, à discerner et à voir l’Autre, le différent, l’adversaire, à travers les critères établis par cette conscience générale de solidarité et d’intégration à un groupe de personnes. (Les caractéristiques à cette appartenance, les reliant avec le passé et les projets dans l’avenir ).
C’est alors que tout groupe social essaie de se distinguer des autres, et tout individu adopte une attitude conforme aux codes de ce comportement collectif et prend conscience qu’il appartient à une communauté dont il partage la même mémoire, la même conscience, les mêmes traits caractéristiques( de sorte que l’identité finit par construire un système de structures à caractère politique, économique, religieux, culturel et autres….
Chaque individu développe une pluralité d’appartenance qu’il active en fonction de la situation … c’est l’ethnie en Afrique, la religion au moyen orient ou la nation en Europe ou ailleurs, une ressource d’identification lors des périodes incertaines et conflictuelles. « On a souvent tendance à se reconnaître dans son appartenance la plus attaquée en cas de conflit »
D’un point de vue anthropologique, l’identité est un rapport et non pas une qualification individuelle comme l’entend le langage commun. Ainsi, la question de l’identité est non pas « qui suis-je ? », mais qui je suis par rapport aux autres, que sont les autres par rapport à moi ?, le concept d’identité ne peut pas se séparer du concept d’altérité

Conclusion

L’identité de chacun est composite, irremplaçable, en constante évolution, à la fois multiple et unique. Ainsi, je suis à la fois Libanais, Arabe, Français, Européen, Citoyen du monde, être de sexe masculin, Laïque, Rationaliste, Humaniste …..Cette mosaïque d’identités nourrit une synthèse qui est ma personne ( reliée aux autres) absolument unique.Expérience à la fois solitaire ( une solitude existentielle fondamentale ) et solidaire ( par la reliance aux autres : le partage des solitudes acceptées, l’échange des différences respectées, la rencontre des identités confirmées ).

Alors que faire ? Au modeste niveau de chacun d’entre nous, nous consacrer à un travail essentiel de reliance », à une œuvre de « eliure », c.à.d. de reconstruction des ponts, des liens humains, sociaux et culturels entre les communautés devenues frileuses, à l’introduction d’un peu de chaleur dans un monde perçu comme de plus en plus froid, à la restauration d’un tissu social effiloché, le tout dans un esprit et avec une volonté de respect mutuel. En d’autres termes, assumer et concrétiser les trois dimensions essentielles d’un projet de reliance humaniste : l’identité (reliance à soi), la Fraternité (reliance aux autres), la Citoyenneté (reliance au monde), avec l’espoir d’aider ainsi à ce que nos identités soient plus humainement et socialement nourricières.
« L’Homme pense et la vérité lui échappe. l’Homme n’est jamais ce qu’il pense être » H.BERGSON

SAMARKAND Le 4.04.2013