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2019 - Discours L. Soukarié

publié le : 10 mai


Chers amis,

Depuis les années 80 avec l’effondrement des murs, l’ouverture des économies, l’invention du web.... on a eu l’espoir d’une mondialisation heureuse.
Aujourd’hui on se pose la question où va le monde ? Comment on est-on arrivé là ? Pourquoi le désordre, la violence, le chaos donnent-ils le sentiment d’être les nouvelles règles du système international, alors que la paix, la prospérité, la liberté, la règle du droit étaient donnés, il y a 30 ans, comme le processus de la fin de la guerre froide ?

Nous sommes aujourd’hui dans un environnement où tout va de plus en plus vite et se complexifie. La mondialisation a creusé les inégalités mais la plupart des drames mondiaux se situent dans les zones qu’elle a laissées de côté.

Dans ce contexte politique et social les incertitudes et les risques se multiplient. Les trois grandes puissances sont menaçantes, la violence guette dans nos sociétés, le Moyen Orient connaît des déstructurations sanglantes, et l’Europe subit la crise de sa complicité dans les guerres des autres et sa dépendance de la politique américaine (l’afflux des réfugiés sur son territoire, la radicalisation, la montée du populisme xénophobe…).
La mondialisation a augmenté la puissance des acteurs privés face aux Etats, qu’il s’agisse des opérateurs financiers, des grandes entreprises ou des organisations criminelles. L’annulation des souverainetés démocratiques par l’exposition permanente des politiques économiques à la tutelle disciplinaire des marchés financiers, dont vous savez qu’ils n’ont pas le progrès social pour finalité première (la comédie des appels à l’Europe sociale).
Aujourd’hui, nous sommes passés de la domination du politique à la domination de l’économie (les politiques sont les larbins de la société).
L’économisme n’est pas la solution, mais le problème. Le désarroi de la jeunesse aujourd’hui montre la nécessité de raisonner politiquement à propos de l’économie… un raisonnement politique, nourri par la réflexion collective qui va ensuite s’appliquer à la sphère économique.

Nous vivons une crise des démocraties. Nous sommes devant une situation qui a profondément évolué et qui va continuer à évoluer, dans un sens dont il serait naïf de penser qu’il sera nécessairement le nôtre….Le raidissement conservateur gagne le monde intellectuel et au-delà, une bonne partie de l’opinion.

L’incompréhension s’est installée entre des parties entières de la société qui ne parlent plus le même langage. Ce n’est plus une fracture sociale seulement mais une fracture morale aussi.

Le monde moderne est sous le signe de l’ignorance, il ne se comprend pas.Nous sommes pessimistes mais sans nous l’avouer, ce qui est pire… Nous sommes angoissés par l’œil du futur posé sur nous.
Malheureusement, l’optimiste actuellement paraît comme un imbécile, alors que le pessimiste serait celui qui voit clair…Notre culture est fondée sur la critique « il est plus chic et plus intelligent de douter de tout disait Voltaire ». (Seul est déclaré certain le savoir auquel on avait accédé par les lumières naturelles de la raison).
Nous sommes dépossédés par l’avenir du sens de nos actions, et la compréhension exacte de la situation qui est la nôtre. Il y a un anéantissement de la confiance collective de l’action qui me semble un des éléments clés du trouble contemporain…La dépression de nos sociétés :
Inégalités, dangers sociaux, exclusion, appauvrissement notamment des classes moyennes, loi du marché et libre échange, perversion du libéralisme…autant des menaces pour la démocratie …Mais, le principal handicap reste la paresse d’esprit.
Le néo-libéralisme fait de l’économie l’alpha et l’oméga de la vie publique. Actuellement, c’est l’économie qui commande, qu’il faut la laisser faire, et que le politique n’est là que pour encadrer sans diriger.
L’emprise unique de l’économie sur la politique de l’humanité est un excès contre lequel il faut résister, on marchandise tout, le vivant, les données. L’argent maître du monde fait plus de victimes humaines que les guerres des siècles passés, et il y ajoute la destruction de la planète.
Le système économique dans lequel nous vivons est d’une rare violence : un enfant décède toutes les cinq secondes… Nous médecins ici nous ne sommes pas des employés, nous sommes des Hommes et des Femmes de métier.
Les D D H ne doivent pas être un guide intouchable. La démocratie est la transformation du désir de chacun dans le pouvoir de tous, mais sacraliser les libertés individuelles remet tout en question.

Pour les jeunes générations, démocratie veut dire libertés personnelles. Elles s’étonnent ensuite qu’il n’y ait plus de pouvoir pour personne ! Individualisme et dépolitisation contribuent au malaise moral d’une société incapable d’entreprendre collectivement. Au 20ème siècle, nous avons fait l’expérience atroce du totalitarisme. Nous sommes sortis, mais pour tomber dans l’illusion symétriquement inverse : du moment qu’on a la liberté, tout est réglé … (la conception individuelle de l’Humanité où chacun se substitue à tous est une Grande erreur ) !
La modernité inclut la critique de la modernité.Le monde moderne est un monde matérialiste, capitaliste… c’est la civilisation de l’argent.
L’argent est une « puissance » matérielle qui cultive le goût de la domination, il a la propension diabolique à se transformer en une fin en soi.
Vivre ensemble, ça ne va pas du tout de soi. Nous avons tous conscience que nous sommes gangrénés par ce que nous dénonçons…Nous sommes complices, nous n’arrivons pas à nommer ce qui est déréglé et déréglant dans le monde.

Chers amis,
Appartenir à l’AFMP (1 ONG fondée il y 15 ans) est un élément de l’identité plurielle de chacun, les liens communautaires disparaissent au profit des liens contractuels. L’identité est le bien propre de chacun, l’affirmation personnelle de l’individu, du travail de soi sur soi qui définit une vie singulière attachée à le rester (être identique).
Ce que je suis n’est pas indépendant de tout ce qui manifeste quelque chose de moi dans le monde, mon choix est ma manière d’être.
Ce que nous sommes n’est pas indépendant de ce que nous voulons être, au sens où la série du choix de nos actions dessine le cours unitaire et fidèle de nos objectifs.
La continuité de l’AFMP , comme celle de toute existence humaine est une continuité affirmée « voulue » (ou du moins, acceptée et accompagnée) et non sans cesse remise en cause ….(il y a des traits de caractère qui se cristallisent, des habitudes qui se transforment, des styles personnels qui se stabilisent).
On ne s’individue, on n’acquiert, donc d’identité propre, que dans la société (identité collective)
Quand on évoque l’AFMP, on signale une ligne dirigeante, des objectifs clairs, primauté de l’appartenance au groupe, de l’homogénéité de ses pratiques ainsi que les « significations partagées » qui en découlent. La diversité vient après.
Nous n’avons pas revendiqué une différence particulière en dehors du sérieux dans l’attitude de coopération de la France avec les pays francophones.
Avec la révolution numérique nous assistons à un « basculement » d’une société de tradition (où transmettre était la norme) à une société de la connaissance, où apprendre devient le maître mot. Mais, apprendre, c’est toujours apprendre de quelqu’un pour transmettre à quelqu’un…. « Apprendre représente toujours un travail, même si celui-ci peut et doit se faire dans la joie ». Le savoir ne peut être réduit à son accessibilité, et il faut se prémunir contre les dogmes de l’efficacité et de l’immédiateté. Le devoir premier de nos conférenciers étant de susciter des questions et des problèmes, pour faire éprouver en même temps « le plaisir de penser ».
L’AFMP a pris l’engagement qui s’impose, alors qu’on sent beaucoup de désenchantement dans la société actuellement (les nouvelles générations) avec le changement qui s’effectue et le lien social qui disparaît, nous propageons le mot AMOUR, l’élan qui nous porte vers tous les humains , nous sommes le plaidoyer pour la Raison, la Science et le Progrès de l’Humanité contre le déclinisme régnant.
Oui, dans ce monde surpeuplé, la solitude est la photographie du monde moderne (une photo extraordinaire du besoin de relations humaines).
La relation entre l’Orient et l’Occident marque notre époque. il ne faut pas rester prisonnier d’une vision occidentalo-centrée. Nous déplorons que certains se servent des actes de terreur pour dévaloriser l’histoire et la grandeur d’une civilisation toute entière.
La barbarie réside principalement dans la négation en ce qui fait que nous sommes, à proprement parler, humains (la domination toujours plus grande de la technique, l’uniformisation, la manipulation et l’endoctrinement médiatique …).
Le monde moderne est une barbarie nouvelle plus fondamentale que les fondamentalismes connues, ses pertes sont irréversibles. Dans nos sociétés démocratiques la présence humaniste est insipide ou fade . « Une société n’est pas le Temple des valeurs idoles qui figurent au front de ses monuments ou de ses textes constitutionnels, elle vaut en ce que valent en elle les relations de l’homme avec l’homme » M.MERLEAU-PONTY c.à.d. il faut vivre en accord avec ses idées et valeurs plutôt que de les contempler en esprit.

Plus les peuples sont en contact, plus les valeurs sont partagées, plus ils seraient civilisés par l’échange et l’empathie (Route de la soie).
Une culture riche est une culture qui, à la fois, sauvegarde et intègre. C’est une culture à la fois ouverte et fermée.
Les cultures sont imparfaites en elles-mêmes, comme nous sommes nous-mêmes imparfaits. Toutes les cultures constituent un mélange de superstitions, fictions, fixations, savoirs accumulés et non critiqués, erreurs grossières, vérités profondes.
Mais ce mélange n’étant pas discernable de prime abord, il faut être attentif à ne pas classer comme superstitions des savoirs millénaires.
D’où le paradoxe du 21ème siècle : il faut à la fois préserver et avoir les cultures.Cela n’a du reste rien de novateur, car à la source de toutes les cultures, y compris celles qui semblent les plus singulières, il y a rencontre, association, syncrétisme, métissage. Toutes les cultures ont une possibilité d’assimiler en elles ce qui leur est d’abord étranger, du moins jusqu’à un certain seuil, variable selon leur vitalité, et au-delà duquel ce sont elles qui se font assimiler et /ou désintégrer.
Nous devons défendre les singularités culturelles et promouvoir les hybridations et les métissages.Il nous faut lier la sauvegarde des identités et la propagation d’une universalité métisse ou cosmopolite, qui tend à détruire ces identités.
Comment intégrer sans désintégrer ?...L’Amour c’est concilier les différences.
Avec nos amis méditerranéens nous partageons des valeurs fortes, nous symbolisons des ponts entre les deux rives de la Méditerranée et nous luttons pour qu’elle ne devienne une ligne de rupture ou un fossé qui isole la France de ses anciennes colonies.

CONSTRUISONS ensemble » pour rassembler ce qui est épars et répandre la Lumière «