< Association franco-méditerranéenne de Pneumologie

Discours d’ouverture

publié le : 7 avril 2016


Mmes et Mrs,
Chers Ami(e)s,

Une des forces de la médecine est de constituer une véritable Fraternité universelle. Elle permet de découvrir partout des gens qui parlent le même langage, comprennent les mêmes signes et se sentent proches au point de ne jamais refuser de s’entraider.

L’A F M P a 12 ans déjà, nous pouvons être fiers et heureux. Nous avons gagné en lucidité ce que nous avons perdu en idéalisme.
L’idéal par excellence de l’époque moderne semble être à tort la Raison rendue totalement autonome, qui ne connait plus qu’elle. Ainsi, devenue aveugle, et par la destruction de ses fondements, elle s’est rendue elle-même inhumaine. Elle se plie face à la pression des intérêts et à l’attraction de l’utilité, contrainte de reconnaitre cette dernière comme critère ultime.

L’Homme doit être au centre de l’économie et l’économie ne doit pas être mesurée en fonction du profit, mais en fonction du bien commun de tous. Cela implique une responsabilité à l’égard de l’Autre et ne fonctionne vraiment bien que si cela repose sur l’humain, dans le respect de l’Autre.
Se fiant plus que raison aux progrès de la science et de la technique, l’Homme moderne est enclin à une sorte d’idolâtrie des choses matérielles consommables : nouveaux outils de communication. Il en devient l’esclave plutôt que le maitre.

La nouvelle génération (20-25 ans), ayant grandi avec la technologie, elle a naturellement avec elle moins de distance que les générations plus âgées, celles du livre, du téléphone et de la T.V.
Cette nouvelle manière de fuir son ennui conduit le sujet à une nouvelle forme de vide, la fatigue en plus.

La nature humaine est double, morale et immorale, raisonnable et déraisonnable, aussi préoccupée d’édicter des règles que de les enfreindre. Le bois dont l’homme est fait est « si noueux qu’il est impossible d’y tailler des poutres droites ».

Aujourd’hui nous assistons à un grand écart entre le progrès des connaissances et des techniques(Médecine, Biologie… en ce qui nous concerne directement ) et la pauvreté des concepts, l’absence des valeurs déterminantes quant à l’application de ces connaissances et techniques.Le relativisme des valeurs, la promotion des valeurs vides et circulaires (la communication, la concurrence, la compétitivité etc…) exigent une réévaluation des modalités d’être pour autrui.

La confiance et l’engagement pour autrui cèdent,malheureusement, la place aux contrats, aux codes de déontologie, aux règlements, aux interdits, aux sanctions, mise en examen, etc…

Multiplier les perspectives, apprendre à regarder, à porter son attention et donc à penser autrement, déstabiliser les certitudes immédiates pour vivre lucidement les bouleversement que nous traversons et qui nous mettent en demeure d’être à la hauteur de ce qui nous arrive….comprendre et ne pas se contenter d’expliquer.

Dans une société qui privilégie sans conteste la priorité des droits (notamment le droit à) sur les devoirs, le bien individuel sur le bien commun, l’urgence de la réflexion et de la réorientation se fait sentir. En une époque de relativisme éthique et culturel, voire de scepticisme moral, la conjoncture des points de vue différents, tant philosophiques que scientifiques, sociaux, médicaux,etc…apparaît comme une impérieuse nécessité à travers un discours qui ne se veut pas d’abord de science mais de sens.
Les bases de l’humanisme tel qu’il est encore pensé aujourd’hui sont insuffisantes.
Le dialogue est possible et nécessaire, la relation à autrui doit s’accomplir plutôt qu’elle ne se domine.Il faut une éthique qui consiste à accorder une priorité de l’Autre sur notre crispation à être, sur notre égoïsme ontologique.
Rompre, ramer à contre-courant des conditions habituelles, risquer l’aventure de l’Autre sans préjuger de l’échec même garanti, telle est la praxis éthique que nous chercherons à faire émerger et que nous travaillons.

On vise un « être ensemble » qui repose sur une entente.

Dans un monde de l’initiative et de la responsabilité, notre action constitue une dimension d’évasion…interruption du rapport à l’espace pour privilégier le rapport au temps ; Devant l’incertitude sécuritaire en Méditerranée la sagesse nous appelle à remédier par la Francophonie avec la participation active des méditerranéens.

Nous, Médecins francophones de tous les pays, devons nous comporter ensemble en ayant conscience de notre interdépendance et de notre similitude ; Nos intérêts sont communs et nous nous construisons essentiellement dans le groupe (ce qui nous différencie de l’animal ).
Pour faire un Homme il faut des Hommes.Ce que les Hommes ont de spécifique, c’est leur capacité à se transformer les uns les autres, à devenir quelqu’un.Il faut apprendre aux enfants cette capacité à s’enrichir des idées de l’autre »(Albert Jacquard).

L’enfer c’est soi-même coupé des autres (L’Abbé Pierre).

La grandeur de l’A F M P est avant tout d’unir des Hommes, il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui des relations humaines.En ne travaillant que pour le bien matériel, nous construisons nous-même notre prison.
La solidarité est l’inverse de l’individualisme, de l’égocentrisme. Nous avons pris l’engagement de travailler avec les autres, à s’ouvrir aux autres et au monde dans une attitude d’Amour et de compassion dépassant les préoccupations égocentriques communautaires ou nationalistes.
Chacun a raison de son point de vue, mais nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents.

Le salut de la crise actuelle passe par la sortie de l’individualisme. Il faut radicaliser l’idée du lien, de l’ « ETRE ENSEMBLE ».
« Ceux qui se ressemblent s’assemblent » (notre grande assemblée reste homogène par la pensée. La réflexion guide nos actions et non l’émotion.
Le membre de l’A F M P n’appartient pas à une seule société et sa conscience peut donc, et doit, échapper à la société particulière à laquelle il appartient (sa perception du monde est personnelle ).
La capacité de chacun à transmettre, accumuler des connaissances, des techniques, des valeurs lui sert à se transformer au gré de cette évolution (l’Homme est perfectible ).
L’Homme est un être de culture…elle lui permet de se réaliser, elle est sa nature.
Nous sommes une organisation ouverte, accueillante, diverse en son sein.
Le sentiment d’appartenance est la condition essentielle du « vivre ensemble », d’amener à bien nos projets. L’individualisme sépare du groupe.
On travaille à rapprocher plutôt qu’à diviser, à « UNIR CE QUI EST EPARS »
Dans notre monde chaotique, tous les problèmes, qu’ils soient liés à l’identité, à l’intégration ou au fondamentalisme, sont d’ordre culturel.
Dans l’Occident travaillé par les populismes parce que la crise s’aggrave et les périls croissent, les démocraties cessent d’être admirables ni respectables.
La langue française est en train de perdre une part de son rayonnement dans le monde. Ne nous dispersons pas.
Les valeurs actuelles : le supermarché et la vente en ligne, le consumérisme trivial et le narcissisme égotiste, l’hédonisme trivial et la trottinette pour adultes.

« En 68, on refaisait le monde ; en 88, on refait sa cuisine »
« L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle » (ST-Exupéry)
Je pense à nos confrères syriens dont les événements douloureux nous écartent d’eux, ils ne sont pas oubliés, ils sont fidèles et je vous transmet leurs salutations les plus amicales.
Je pense à nos confrères qui, victimes des médias et de leur aisance à manipuler et conditionner les masses, n’ont pas osé le déplacement cette année. Nous les excusons et RDV l’année prochaine.

Chers amis
Avec votre présence, vous êtes des Hommes et des Femmes responsables. Je salue votre courage et votre capacité de discernement ; Vous n’avez pas cédé à la panique, ni à la peur ni à la haine de l’autre. « Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais avec Spinoza vous avez cherché à comprendre ».
Vous pouvez être fiers de la pierre que vous posez dans notre édifice et qui contribue à bâtir un monde meilleur et plus humain... « C’est dans l’effort que l’on retrouve la satisfaction et non dans la réussite, un plein effort est une pleine victoire ».
Tu ne peux pas voyager sur un chemin sans être toi-même le chemin.
Je salue la présence avec nous de nos amis tunisiens qui, libérés de la dictature et de la main mise des sbires du régime ont retrouvé leur dignité, leur liberté de s’exprimer, de se déplacer, de s’associer avec nous et de récupérer leur place dans la méditerranée.
Je salue la présence d’Yves Tremblay qui a répondu favorablement à notre invitation pour représenter le Québec et discuter des possibilités d’avenir.
Nos Amis Algériens et Marocains font partie essentielle de l’AFMP et leur assiduité est exemplaire dès le départ.

Chers Amis
L’Homme doit être un pont : il introduit de la Lumière dans la nature pour l’humaniser.
Il n’y a pas de lumière sans ombre. Sans imperfection il n’y a ni progression, ni ascension. La part sombre c’est l’énergie qui nous anime, c’est la force de la vie …Il faut sublimer cette part sombre et la transformer en lumière.
La connaissance n’est qu’un ilot au sein d’un océan de croyance. L’homme est un éternel apprenti.
Merci et Bon Congrès

IZMIR le 07.04.16